Jeux psychologiques : origine des problèmes de couple ?

On août 21, 2013 by Fabien et Maitie

Dans notre vie de tous les jours, nous vivons tous au travers de nos relations aux autres, des jeux psychologiques inconscients qui sont très chronophages, énergivores et générateurs de tensions. Voici quelques repères pour apprendre à déjouer ces stratégies que nous vivons bien malgré nous. Et si les jeux psychologiques étaient à l’origine des problèmes de couple?

 

I – Qu’entend-on par jeux psychologiques ?

Le jeu psychologique est un échange entre deux ou plusieurs personnes dont le principal sujet échangé n’est pas l’objet de la discussion, mais ce qui est sous-entendu grâce à des mots implicites. En d’autres termes, ce qui est dit et qui ne s’entend qu’à un niveau caché.

Eric Berne a défini le jeu comme « le déroulement d’une série de transactions cachées, complémentaires, progressant vers un résultat bien défini, prévisible ».

Le jeu psychologique est donc une stratégie (de survie mise en place durant l’enfance), que nous répétons (à l’âge adulte et parfois toute notre vie), de façon inconsciente et automatique. Elle nous permet de ne pas réellement communiquer à l’autre notre ressenti et ce qui nous anime (par peur dans bien des cas de ne plus être aimable ou aimé).

 

II – Comment jouer à des jeux psychologique ?

Nombre de joueurs : à partir de 1 joueur, idéalement une bonne partie se joue généralement avec 2 personnes et les variantes à trois sont amusantes. 

Rôles : 3 rôles seront à se répartir entre les joueurs ; à savoir le rôle du Sauveur, du Persécuteur (ou bourreau) et de la Victime.

  • une Victime V : qui se sent inférieure et va rechercher soit un Persécuteur soit un Sauveteur pour jouer avec lui
  • un Sauveteur S : qui perçoit la Victime comme inférieure et lui vient en aide à partir d’une position supérieure
  • un Persécuteur P (ou bourreau): qui persécute en agressant, humiliant ou rabaissant la Victime

 

La Victime

Bilal

Enki Bilal

 

Options de jeu : soit elle considère qu’elle mérite d’être rabaissée, soit qu’elle a besoin d’aide sinon elle ne s’en sortira pas

Ses partenaires : elle attirera, par son comportement, un sauveur pour l’aider ou un bourreau pour justifier sa position de victime.

En bref : la victime se plaint.

 

Le Sauveur

supermanLe sauveur est convaincu que la victime ne peut s’en sortir seule et qu’il est plus compétent qu’elle pour savoir ce qui est bon pour elle. Il va donc l’aider à tout prix, même si elle n’a rien demandé et parfois même contre sa volonté.

 

Le sauveur ne peut donc faire valoir sa posture que s’il trouve quelqu’un à sauver qui devient alors une victime.

En bref : le sauveur aide les autres

 

Le Persécuteur

 

gargamelLe Persécuteur, d’où son nom, persécute la victime. Et pour cela tous les coups sont permis. Se moquer, dévaloriser, rabaisser,

humilier… Pour le persécuteur, la victime n’a ni valeur, ni dignité. Elle est moins que rien.

En bref : le persécuteur pique l’autre

 

Choisir son rôle

Chaque joueur va choisir un rôle principal, sachant qu’il pourra permuter de rôle, tout au long de la partie afin de la pimenter ; ces changements de position aussi appelés « coup de théâtre » constituent tout l’intérêt du jeu. Les coups de théâtre se doivent d’être rapides et imprévus, afin d’obtenir l’effet escompté : le retournement de situation.

La victime pouvant ainsi devenir le bourreau, le bourreau devenant le sauveur et le sauveur devenant la victime. Par exemple, quelqu’un (S) vient spontanément en aide à quelqu’un (V) qui ne lui a rien demandé. Cette personne (V) ne remercie pas son sauveur qui se sent piqué et rétorque «  mais pour qui tu te prends ! »… il devient alors persécuteur.

Nous avons tous un rôle de préférence, même si nous jouons régulièrement tous les rôles.

 

Manière de jouer : Il est impératif que chaque joueur joue son ou ses rôles de manière inconsciente, car les jeux psychologiques sont des jeux inconscients

 

Début du jeu : L’appât

Le jeu psychologique commence souvent par un appât, à savoir une invitation à jouer ce jeu périlleux.appat

Le premier joueur lance son appât et attends que l’autre morde à l’hameçon… Ex : tu m’as dit de mettre de l’essence dans la tondeuse et là elle ne marche plus… (jeu psychologique persécuteur du « regarde ce que tu m’a fais faire »)

 

Le second joueur a 2 solutions :

  • Entendre l’appât et choisir de ne pas le saisir, auquel cas il n’entre pas dans le jeu (Ex : ok…)
  • Entendre l’appât et y réagir en prenant un des rôles, alors le jeu commence

Ex : c’est pas de ma faute à moi si tu … (réponse en victime) / Ex : ok, laisse-moi faire, je m’en occupe (réponse en sauveur)

 

Dynamique du jeu : le joueur devra réaliser les actions suivantes s’il veut pouvoir jouer pleinement son rôle :

  • ne pas à exprimer à l’autre son ressenti,
  • ne pas verbaliser sa gêne

Car c’est parce que nous n’osons pas nous exprimer que les jeux et autres systèmes de défense peuvent s’activer.

 

But du jeu : obtenir un bénéfice parmi les 6 existants

Il peut y avoir un bénéfice :

  • Biologique en obtenant des stimulations physiques que l’on sait assurées (l’enfant qui reçoit un fessée).
  • Existentiel en maintenant une position de vie (c’est confirmé, c’est bien moi dans cette société qui sait réparer les ordinateurs)
  • Psychologique externe en évitant l’intimité, la responsabilité et le fait de grandir (Vaut mieux qu’il fasse à manger, comme ça on est sûr que c’est bon)
  • Psychologique interne en évitant le souvenir d’une souffrance liée au manque ou les sentiments originels douloureux (chacun notre appartement, ça nous permet à tous les deux de pouvoir respirer et quand je pense à mes parents, s’il avaient fait ça, tout le monde aurait pu souffler un peu, notamment nous les enfants)
  • Social externe en structurant le temps en société (Tu viens boire un café avec nous ? tu t’y connais toi en moto ?!)
  • Social interne en structurant le temps et le vécu intra-psychique (qui se déroule dans la tête de personne grâce à ses “fantasmes”). (« En mangeant avec lui ce midi, j’en saurais sûrement plus. En même temps je suis quasiment sûr que c’est moi qui vais l’avoir cette promotion« )
Couple sado-maso

Arthur De Pins ©

 

Fin du jeu :

  • Repartir en ressentant un sentiment de racket (avoir perdu beaucoup d’énergie)
  • Repartir en ressentant des tensions physiques (maux de dos, céphalées, nausées..) ou émotionnelles (colère, incompréhension, frustration, amertume…)
  • Repartir en ayant renforcé une croyance limitante du type : « les hommes sont vraiment machos; je ne serais jamais compris…»
  • Repartir en n’ayant absolument rien résolu du problème initial.

 

Niveaux de jeu

Il est possible de jouer à chaque jeu sur trois degrés différents :

  • Les jeux du premier degré se jouent au niveau social. Ce degré est léger, c’est pourquoi on parle de désagréments et que les effets ne durent pas.
  • Les jeux du deuxième degré se jouent au niveau privé. Ce degré est plus profond et les bénéfices, dits négatif sont alors cachés du public. Les effets sont durables et les dommages corporels réversibles.
  • Les jeux du troisième degré sont les plus dangereux car ils génèrent des dommages irréversibles (au niveau psychologique, émotionnel et corporel) et ont des conséquences permanentes, qui ne connaissent que trois issues : la morgue (car suicide), la prison (car meurtre ou assimilé) ou l’hôpital psychiatrique (folie ou pathologies mettant la vie en danger).

 

III – Quels sont les grands jeux psychologiques ?

S’il existe une multitude de jeux psychologiques, les professionnels de l’Analyse transactionnelle ont néanmoins noté quelques variantes qui sont récurrentes qu’ils ont classées en trois catégories :

 

Les jeux de victime

  • “C’est affreux”
  • “jambes de bois”
  • “J’essaie de faire de mon mieux”
  • “Oui mais” 
  • “Pardonne-moi” (Schlemiel)
  • “Pauvre de moi”
  • “Pourquoi faut-il que ça m’arrive toujours à moi ?”
  • “C’est pas de ma faute”

 

Les jeux de persécuteurs

  • “Battez-vous tous les deux”
  • “Coincé”
  • “Les défauts”
  • “Maintenant je te tiens !”
  • “Le mien est meilleur que le tien”
  • “Oui mais”
  • “Pourquoi faut-il toujours que tu…”
  • “La psychiatrie”  
  • “Regarde ce que tu m’as fais faire”
  • “Le viol”
  • “la culpabilité”

 

Les jeux de sauveteurs

  • “A votre place je…”
  • “Heureux de vous rendre service”
  • “J’essaie seulement de vous aider”
  • “Laisse-moi le faire à ta place”
  •  “Raconte-moi tes malheurs”
  • comme le fait de prendre soin sans que cela soit vital ou demandé

 

Prenons un jeu de chaque type pour le décrypter un peu plus

« Jambe de bois« 


Lapin crétin -PirateLe joueur principal montre à l’autre sa jambe de bois. Ce qui se traduit par une suite de choses qui lui arrive et qui sont telles, qu’on ne peut vraiment rien attendre d’elle.

Pour jouer ce rôle vous devez vraiment mettre en avant tout ce qui vous arrive de fâcheux, de difficile voire même d’impossible et aller jusqu’à l’emphase.

Pour les amateurs de cinéma, un exemple qui illustre parfaitement cela, c’est la citation vers la fin du film des Blues Brothers, où l’un des deux frères (Jake) cherche toutes les excuses du monde pour échapper à son ex-petite amie. Sinon, cela pourrait donner quelque chose du genre : « je ne pourrais pas aller au restaurant avec vous ce soir, car ma voiture m’a lâché, d’autant plus que le garagiste me demande 400€ pour commencer les réparations … et que ça tombe mal, car j’ai déjà fait le premier versement pour une de mes couronnes dentaires. En même temps, avec ma dent, le restaurant, ça aurait pas été cool et puis comme je fais un nettoyage du foie, je prends que des jus de légumes alors, c’est mieux qui vous y alliez sans moi ».

Quand vous jouez de manière inconsciente (ce qui n’est pas le cas de Jake dans les Blues Borthers), votre but est de vous faire plaindre et de montrer combien cela n’est pas de votre responsabilité de pouvoir sortir de cette situation.

 

« Le oui mais »
Oui mais

Dans notre article précédent consacré au film éponyme, nous avons longuement montré à l’aide de scènes choisies, les mécaniques de ce jeu psychologique. Nous vous invitons à relire notre article et à visionner le film.

 

« J’essaie seulement de vous aider »


Ici le joueur tente de prouver que si seulement il était écouté, alors il n’y aurait plus de problème. Ce qui va lui permettre de poursuivre son but : s’autoriser à se sentir supérieur aux autres voire même dédaigneux, lorsqu’ils s’étonnera qu’on ne lui soit pas plus reconnaissant.

Les phrases qu’il utilise sont du type : « Je vais te dire ce qu’il faut faire… » ; « C’est évident, tu n’as qu’à… » ; « ce n’est pas grave, ça va s’arranger… »

Ex : « Je vais te dire ce qu’il faut faire pour que l’imprimante marche… (…) ben, voilà, c’est toujours la même chose, tu rends service et même pas un merci ».

 

IV – Comment sortir d’un jeu psychologique ?

Nous jouons tous des rôles et nous nous essayons au fil de la vie aux différentes variantes exposées ci-avant. Les motifs principaux qui peuvent nous pousser à cela sont en priorité le besoin de reconnaissance et la confirmation de nos croyances limitantes.

Or dans ce triangle dramatique (persécuteur, sauveur, victime), les rôles que nous jouons, sont très destructeurs pour nous comme pour notre environnement. Ils peuvent même aller, si on joue au 3ème degré, jusqu’à la mort des protagonistes. Il est donc capital d’apprendre à les repérer plutôt que de tranquillement les renforcer jusqu’à l’irréparable.

 

Pour en sortir, nous vous recommandons les astuces suivantes :

  • Prendre conscience que nous jouons un rôle et lequel ? Identifier alors le message caché que je cherche à envoyer et que je n’ose pas dire. (Ex : quand je t’objecte ma séries de « oui mais » à tout ce que tu me proposes, en fait, je n’ose pas prendre un temps de loisir pour moi, J’ai l’impression que je ne le mérite pas)
  • Observer son environnement et voir quand et quels rôles jouent nos proches ?
  • Ne pas répondre à l’appât mais plutôt découvrir quel est le message caché que l’autre est en train de m’envoyer ? (Quand tu me dis : « laisse moi m’occuper de ton ordinateur », en fait tu souhaites passer un moment avec moi ? me montrer que je compte pour toi ? ou c’est parce que tu as besoin de me sentir serein ?)
  • Apprendre à donner des signes de reconnaissances (ou poissons ; voir notre article sur le sujet).
  • Ne pas vous en vouloir si vous rentrez dans le jeu et accepter d’en sortir tranquillement en respirant et en posant ce que vous ressentez à l’autre.

Voici une petite fable pour illustrer ce sujet

 

Le Lynx et la Taupe

 

Lynx

Dessin de Christophe Drochon

Seigneur lynx, supplié par ceux qui vivaient en bas,

Descendit de sa montagne pour jouer les héros.

En chemin, il remarqua des mottes de terre,

Qui signaient de Dame taupe l’œuvre éphémère.

 

Taupe

 

Il s’arrêta pour contempler le triste rituel,

Car la belle ne cessait de déranger le peuple,

Qui sous terre criait à la torture de venger

Quand de face il n’osait à peine bouger.

 

 

 

Le félin en noble rhéteur eut une idée,

– Oh la, déesse de l’ombre, je vous ai tant cherché !

Quel miracle l’univers m’offre-t-il de vous trouver !

-Moi rétorqua,  la taupe, d’émotions affolées ?

 

– Etes-vous celle par qui le miracle du sombre,

arrive à chaque endroit qui n’a rien demandé ?

– Que me comptez-vous là ? Je ne vis que pour l’autre !

et c’est moi qui jamais rien ne demande !

 

– Et bien, j’ai une requête forte importante pour vous.

J’ai besoin que vous fassiez le plus superbe trou.

Et que cela se sache, que parmi tous c’est vous,

Que j’ai choisi de couvrir d’or pour son labeur.

 

– A ces mots, la dame se sentant flattée oublia,

toutes les galeries creusées gratuitement,

et se mit à l’œuvre pour cet édifice brillant.

Laissant de côté le peuple qui criait victoire.

 

Mais lorsque ce fut fait, nul n’aurait pu se douter,

Que désormais, sans demande ni consigne,

Dame taupe ne daignait plus se déranger.

 

Morale

A vous tous qui vivaient du bénéfice caché,

Par les jeux de querelles que vous cultivez,

Prenez garde qu’un jour vos demandes ne soient exaucées !

 

 

 

3 Responses to “Jeux psychologiques : origine des problèmes de couple ?”

  • Est-on dans ce type de jeu dans le cas des personnes avec qui il est « difficile de cuisiner » ? Ie : Pour les pates, il faut absolument utiliser cette casserole là et pas l’autre. Il faut surtout ne pas oublier de mettre le couvercle sur la casserole pour chauffer l’eau sinon tout le repas est complétement raté. etc. Au final, elles finissent souvent pas cuisiner seules. S’agit-il du jeu persécuteur / victime ? A quel besoin répondent-elles ?

    • Bonjour Catherine,
      les jeux psychologiques interviennent dans toutes les situations de la vie et la cuisine en fait partie. Ce qui importe en premier lieu, c’est de repérer ce que cela vous fait à vous quand l’autre s’exprime ainsi, pour déjà ramener de la paix en vous. Dans l’exemple que vous prenez, cela ressemble à un jeu persécuteur / victime, sachant qu’il faudrait avoir un peu plus d’éléments. Les besoins auxquels cela répond comme expliqué dans l’article, c’est un besoin de reconnaissance (m^me négative comme c’est le cas dans le jeu psychologique). Reconnaissance voulant j’existe aux yeux de l’autre.
      Le conseil F&M: Quand la personne dit : »il ne faut surtout pas oublier de mettre le couvercle, sinon… ». L’interroger à votre tour: « et en quoi cela est important POUR TOI? » Et c’est là que tout se joue, car il va falloir être capable d’accueillir ce que cela représente pour l’autre et quelle valeur cela nourrit même si cela ne fait pas sens pour vous. Donc pouvoir l’accueillir sans le juger mais avec une authentique volonté de comprendre son monde. Ce qui va aussi vous permettre d’expliquer ce qui fait sens pour vous et non combien votre vision est meilleure que la sienne ou inversement. Bref vous apprenez à écouter ce qui n’est pas dit et vous osez enfin le dire.
      Bon repas !

      F&M

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